Guide technique — Doctrine SSP française

IEM, ARR et EQRS : différences et articulation dans la gestion des sites pollués

IEM, ARR et EQRS sont trois outils complémentaires de la méthodologie française de gestion des sites et sols pollués, souvent confondus. Cet article précise leurs définitions respectives, leur articulation chronologique, le rôle central du schéma conceptuel de site, le contenu attendu d'un plan de gestion, et les interlocuteurs administratifs concernés (DDT, DREAL, ARS).

Rédigé par Eric Azulay — Ingénieur sites et sols pollués, gérant SARL G.M.E.P · Publié le 3 juillet 2026

Trois outils, trois moments de la gestion d'un site pollué

La méthodologie nationale de gestion des sites et sols pollués (doctrine ministérielle, portée successivement par le MEDDE, le MTES puis le MTECT, appuyée par l'INERIS et le BRGM) mobilise plusieurs outils d'évaluation des risques à des étapes distinctes de la démarche : l'IEM pour le diagnostic initial, l'EQRS pour l'évaluation détaillée des risques, et l'ARR pour la vérification après travaux. Ces trois démarches partagent un socle commun, le schéma conceptuel de site, mais répondent à des questions différentes et interviennent à des moments différents du processus.

L'IEM — Interprétation de l'État des Milieux

L'IEM constitue le diagnostic initial de la démarche de gestion. Elle consiste à comparer les concentrations en polluants mesurées dans les différents milieux (sols, eaux souterraines, air ambiant ou air intérieur) à des valeurs de gestion ou à des valeurs toxicologiques de référence, afin de statuer sur la compatibilité de l'état actuel des milieux avec l'usage constaté ou projeté du site.

L'IEM répond typiquement à la question : « l'état actuel du site est-il compatible avec son usage, sans qu'il soit nécessaire de mener une évaluation détaillée des risques ? ». Lorsque les concentrations mesurées sont largement inférieures aux valeurs de gestion, l'IEM peut conclure à l'absence de risque significatif sans qu'une EQRS complète soit nécessaire. Dans le cas contraire, ou en cas d'incertitude, une EQRS est engagée pour affiner l'évaluation.

L'EQRS — Évaluation Quantitative des Risques Sanitaires

L'EQRS est une évaluation détaillée, propre au site étudié, qui calcule des indicateurs quantitatifs de risque — la Quotité de danger (QD) et l'Excès de Risque Individuel (ERI) — à partir de scénarios d'exposition spécifiques (populations cibles, voies de transfert, durée et fréquence d'exposition). Contrairement à l'IEM, qui compare des concentrations à des valeurs génériques, l'EQRS reconstruit l'ensemble de la chaîne source-transfert-cible propre au site, incluant le cas échéant la modélisation de l'intrusion de vapeurs (modèle Johnson & Ettinger) ou du transfert sol-nappe-captage (modèle Domenico).

Pour une présentation détaillée du calcul du QD et de l'ERI, voir notre article dédié au calcul QD et ERI en EQRS.

L'ARR — Analyse des Risques Résiduels

L'ARR intervient après la mise en œuvre de travaux de dépollution ou de mesures de gestion (excavation, confinement, traitement de la nappe, restriction d'usage). Elle reprend la méthodologie de l'EQRS — calcul du QD et de l'ERI — mais sur la base des concentrations résiduelles mesurées après travaux, afin de vérifier que le niveau de risque restant est compatible avec l'usage retenu pour le site. L'ARR est ainsi, sur le plan méthodologique, une EQRS appliquée à l'état post-travaux du site.

Articulation chronologique

Étape Outil mobilisé Question posée
1. Diagnostic initialSchéma conceptuel de site + IEML'état actuel est-il compatible avec l'usage constaté ?
2. Évaluation détaillée (si nécessaire)EQRSQuel est le niveau de risque quantifié (QD, ERI) pour chaque population cible ?
3. Définition des mesures de gestionPlan de gestionQuels travaux, restrictions ou servitudes mettre en œuvre ?
4. Vérification post-travauxARRLe risque résiduel après travaux est-il acceptable pour l'usage retenu ?

Le rôle central du schéma conceptuel de site (CSM)

Le schéma conceptuel de site (Conceptual Site Model, CSM) est la représentation structurée, généralement graphique, des sources de pollution identifiées, des voies de transfert possibles (volatilisation vers l'air, lixiviation vers la nappe, transfert par contact direct) et des cibles potentiellement exposées (populations résidentes, salariés, écosystèmes, usages de la ressource en eau). Il constitue le socle méthodologique commun sur lequel s'appuient l'IEM, l'EQRS et l'ARR, et doit être actualisé à chaque étape en fonction des nouvelles données acquises (résultats d'investigations complémentaires, effet des travaux réalisés).

Un schéma conceptuel robuste conditionne la pertinence de l'ensemble de la démarche : une source, une voie de transfert ou une cible omise à ce stade ne sera pas prise en compte dans les calculs ultérieurs, quelle que soit la rigueur de l'EQRS ou de l'ARR réalisée ensuite.

Contenu d'un plan de gestion

Le plan de gestion traduit les résultats de l'évaluation des risques (IEM ou EQRS) en actions concrètes. Il comprend généralement :

Doctrine française de gestion des sites et sols pollués

Cette articulation IEM / EQRS / ARR / plan de gestion s'inscrit dans la méthodologie nationale de gestion des sites et sols pollués, portée par le ministère en charge de l'environnement avec l'appui technique de l'INERIS et du BRGM. Cette doctrine promeut une approche proportionnée et itérative : les investigations et les évaluations sont approfondies au fur et à mesure que les enjeux se précisent, en évitant des évaluations disproportionnées par rapport au risque réel du site, tout en garantissant la protection des populations et des milieux.

Erreurs fréquentes dans l'articulation IEM / EQRS / ARR

La confusion entre ces trois outils est fréquente chez les maîtres d'ouvrage et parfois source de retard dans l'instruction des dossiers. Quelques écueils à éviter :

Engager une EQRS complète alors qu'une IEM suffirait

Lorsque les concentrations mesurées sont très inférieures aux valeurs de gestion et que l'usage du site est stable, une IEM bien conduite peut suffire à conclure, évitant une EQRS détaillée disproportionnée par rapport à l'enjeu réel.

Confondre EQRS et ARR

L'ARR n'est pas une nouvelle méthodologie : elle applique les mêmes principes de calcul que l'EQRS (QD, ERI), mais sur la base des concentrations résiduelles post-travaux et d'un scénario d'exposition mis à jour en fonction des usages retenus à l'issue des travaux (par exemple un usage résidentiel avec espaces verts, après excavation partielle des sols les plus contaminés).

Négliger la mise à jour du schéma conceptuel

Chaque nouvelle phase d'investigation ou de travaux doit donner lieu à une mise à jour du schéma conceptuel de site. Un schéma conceptuel figé depuis le diagnostic initial, non actualisé après des travaux de dépollution partielle, fausse mécaniquement les conclusions de l'ARR menée ensuite.

Rôle des administrations : DDT, DREAL, ARS

Plusieurs services de l'État peuvent être associés au suivi d'un dossier de site pollué, selon la nature des enjeux :

La cohérence et la traçabilité des documents transmis (schéma conceptuel, IEM, EQRS, ARR, plan de gestion) sont essentielles pour faciliter l'instruction du dossier par ces différents services et éviter des demandes de compléments répétées.

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FAQ — IEM, ARR et EQRS

Qu'est-ce que l'IEM en gestion des sites pollués ?

L'IEM (Interprétation de l'État des Milieux) est le diagnostic initial qui compare les concentrations mesurées dans les différents milieux (sols, eaux, air) à des valeurs de gestion ou à des VTR, pour statuer sur la compatibilité de l'état du site avec son usage actuel ou projeté.

Qu'est-ce que l'ARR ?

L'ARR (Analyse des Risques Résiduels) évalue les risques sanitaires qui subsistent après la mise en œuvre de travaux de dépollution ou de mesures de gestion, afin de vérifier que le niveau de risque résiduel est compatible avec l'usage retenu pour le site.

Quelle est la différence entre IEM, ARR et EQRS ?

L'IEM est un diagnostic initial simplifié par comparaison à des valeurs de gestion. L'EQRS (Évaluation Quantitative des Risques Sanitaires) est une évaluation détaillée calculant le QD et l'ERI à partir de scénarios d'exposition propres au site. L'ARR est une EQRS réalisée après travaux pour vérifier le risque résiduel.

Qu'est-ce que le schéma conceptuel de site (CSM) ?

Le schéma conceptuel de site (Conceptual Site Model, CSM) est la représentation structurée des sources de pollution, des voies de transfert (sol, air, eau) et des cibles exposées (populations, écosystèmes). Il constitue le socle commun sur lequel s'appuient l'IEM, l'EQRS et l'ARR.

Quel est le rôle de la DDT, de la DREAL et de l'ARS dans un dossier de site pollué ?

La DREAL assure le suivi des installations classées (ICPE) et instruit les dossiers de sites et sols pollués. La DDT intervient notamment sur les aspects Loi sur l'Eau et urbanisme. L'ARS est consultée sur les enjeux de santé publique, en particulier lorsque des captages d'eau potable ou des populations sensibles sont concernés.

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Rédigé par Eric Azulay — Ingénieur sites et sols pollués, gérant SARL G.M.E.P