Rédigé par Eric Azulay — Ingénieur sites et sols pollués, gérant SARL G.M.E.P · Publié le 3 juillet 2026
Qu'est-ce que la Quotité de danger (QD) ?
La Quotité de danger (QD), parfois appelée indice de risque ou Hazard Quotient, est l'indicateur utilisé en EQRS pour évaluer le risque associé aux substances à seuil, c'est-à-dire aux substances pour lesquelles un effet toxique n'apparaît qu'au-delà d'une certaine dose d'exposition (effets non cancérigènes : hépatotoxicité, neurotoxicité, effets rénaux, etc.). Le QD compare la dose d'exposition réellement reçue par un individu à une dose de référence toxicologique, en dessous de laquelle aucun effet néfaste n'est attendu.
Formule de calcul du QD
La formule générale s'écrit :
QD = Dose d'exposition (DJE) / VTR à seuil (DJR ou DJT)
où la DJE (Dose Journalière d'Exposition) est la quantité de substance reçue par voie orale, cutanée ou inhalée, rapportée au poids corporel et à la durée d'exposition, et la VTR à seuil — Dose Journalière Admissible (DJA), Dose Journalière Tolérable (DJT) ou Reference Dose (RfD) selon les organismes — est la dose en dessous de laquelle l'exposition est jugée sans risque appréciable pour la santé humaine.
Lorsque plusieurs substances affectent le même organe cible, les QD individuels se somment (règle de sommation par organe cible, US EPA RAGS Part A §8.2), afin d'obtenir un QD cumulé représentatif du risque global pour cet organe.
Qu'est-ce que l'Excès de Risque Individuel (ERI) ?
L'Excès de Risque Individuel (ERI) évalue le risque associé aux substances sans seuil, principalement les substances cancérigènes génotoxiques, pour lesquelles on considère qu'il n'existe pas de dose en dessous de laquelle le risque est nul. L'ERI exprime la probabilité supplémentaire, sur la durée de vie, de développer un cancer du fait de l'exposition à la substance considérée, par rapport à une population non exposée.
Formule de calcul de l'ERI
ERI = Dose d'exposition (DJE) × ERU (Excès de Risque Unitaire)
L'ERU (Excès de Risque Unitaire), aussi appelé Cancer Slope Factor (CSF) pour la voie orale ou Unit Risk pour la voie inhalée, quantifie la relation dose-réponse cancérigène de la substance. Comme pour le QD, les ERI individuels se somment par type d'effet cancérigène (sommation par cible tumorale) pour obtenir un ERI cumulé.
Les valeurs toxicologiques de référence (VTR)
Les VTR sont des valeurs seuils ou des facteurs de pente établis par des organismes scientifiques reconnus (ANSES, US EPA IRIS, ATSDR, OMS) à partir d'études toxicologiques et épidémiologiques. Le choix de la VTR conditionne directement le résultat du QD ou de l'ERI : la méthodologie INERIS ERS 2021 impose une hiérarchisation des sources de VTR et leur traçabilité complète dans le rapport d'évaluation.
Le facteur ADAF et la sensibilité de l'enfant
Pour les substances cancérigènes à mode d'action mutagène, l'exposition durant l'enfance présente un poids toxicologique plus élevé que la même dose reçue à l'âge adulte, en raison de la sensibilité accrue des tissus en développement et de l'espérance de vie restante plus longue pendant laquelle la mutation peut évoluer. Ce phénomène est pris en compte par le facteur ADAF (Age-Dependent Adjustment Factor) :
- ADAF = 3 pour la tranche d'âge 0-2 ans (petite enfance)
- ADAF = 3 appliqué également en France pour la tranche « enfant » dans la doctrine ANSES 2018 selon le scénario retenu
- ADAF = 1 pour l'adulte (pas de majoration)
Le facteur ADAF multiplie directement l'ERU pour la fraction d'exposition correspondant à cette classe d'âge, ce qui majore mécaniquement l'ERI calculé pour un enfant par rapport à un adulte exposé à la même concentration.
Seuils d'acceptabilité du risque
Les seuils présentés ci-dessous sont ceux communément retenus par la doctrine française et les guides méthodologiques INERIS/ANSES pour juger de l'acceptabilité d'un risque sanitaire dans le cadre d'une IEM ou d'un plan de gestion.
Ces seuils sont indicatifs et doivent être appréciés au cas par cas par le bureau d'études et l'administration compétente (DDT, DREAL, ARS) en fonction du contexte local, du nombre de personnes exposées et de l'usage du site.
Les populations cibles de l'EQRS
L'EQRS distingue plusieurs populations dont les paramètres d'exposition (durée, fréquence, poids corporel, quantité d'air inhalée, quantité de sol ingérée) diffèrent significativement :
- Adulte résident — exposition chronique de longue durée sur le site d'habitation
- Enfant (0-6 ans) — paramètres d'exposition majorés, application du facteur ADAF pour les effets sans seuil
- Salarié — exposition professionnelle, comparaison aux Valeurs Limites d'Exposition Professionnelle (VLEP) en complément du QD
Conformité INERIS ERS 2021 et ANSES 2018
La méthodologie d'évaluation des risques sanitaires promue par l'INERIS (ERS 2021) encadre l'ensemble de la démarche : sélection des substances, choix et hiérarchisation des VTR, règles de sommation des QD et des ERI, et présentation des résultats dans le rapport. Les VTR elles-mêmes, ainsi que le facteur ADAF applicable à l'enfant, sont mises à jour par l'ANSES, dont la doctrine 2018 fait référence pour les praticiens français.
Démarche pratique de calcul en EQRS
Dans la pratique d'un bureau d'études SSP, le calcul du QD et de l'ERI s'inscrit dans une séquence méthodologique structurée, qui découle directement du schéma conceptuel de site (identification des sources, des voies de transfert et des cibles) :
1. Sélection des substances d'intérêt
La liste des substances à intégrer au calcul résulte des investigations de terrain (sols, eaux souterraines, air du sol, air intérieur) et de l'historique d'activité du site. Chaque substance est ensuite classée selon son mode d'action toxicologique : à seuil (QD) ou sans seuil (ERI), certaines substances présentant les deux types d'effets et nécessitant un calcul parallèle des deux indicateurs.
2. Construction du scénario d'exposition
Pour chaque population cible (adulte, enfant, salarié), le scénario d'exposition définit les voies de transfert pertinentes (ingestion de sol, contact cutané, inhalation d'air extérieur ou d'air intérieur via le modèle Johnson & Ettinger, ingestion d'eau), la fréquence et la durée d'exposition, ainsi que les paramètres physiologiques (poids corporel, volume d'air inhalé, quantité de sol ingérée) issus des guides de référence.
3. Calcul de la Dose Journalière d'Exposition (DJE)
La DJE agrège, pour chaque voie de transfert, la concentration de la substance au point d'exposition, le taux de contact, la fréquence et la durée d'exposition, rapportés au poids corporel et à la période de calcul (durée de vie entière pour l'ERI, durée d'exposition pour le QD).
4. Application des VTR et sommation
La DJE est ensuite comparée à la VTR à seuil (calcul du QD) ou multipliée par l'ERU (calcul de l'ERI), pour chaque voie de transfert et chaque substance. Les résultats sont enfin sommés par organe cible pour le QD, et par effet cancérigène pour l'ERI, afin d'obtenir les indicateurs cumulés comparés aux seuils d'acceptabilité.
5. Interprétation et hiérarchisation
Lorsque les seuils sont dépassés, l'évaluateur identifie les substances, voies de transfert et organes cibles les plus contributeurs, ce qui permet d'orienter le plan de gestion (travaux de dépollution, restriction d'usage, servitudes) vers les leviers les plus efficaces pour ramener le risque en deçà des seuils d'acceptabilité.
Limites et précautions méthodologiques
Le calcul du QD et de l'ERI repose sur des hypothèses conservatrices (concentration maximale représentative, scénarios d'exposition majorants) destinées à protéger les populations les plus sensibles. Ces hypothèses peuvent conduire à surestimer le risque réel, ce qui justifie, dans certains cas, le recours à une analyse de sensibilité (par exemple par simulation Monte-Carlo) pour apprécier la variabilité des résultats et éviter des mesures de gestion disproportionnées. La qualité du calcul dépend également fortement de la représentativité des données de terrain (nombre de points de mesure, période d'échantillonnage) et de la traçabilité des VTR retenues, qui doivent toujours être citées avec leur source et leur date de mise à jour dans le rapport d'EQRS.
Calculer automatiquement QD et ERI avec EQRS V31.05 + ECOTOX
Le logiciel EQRS V31.05 + ECOTOX intègre 104 substances HHRA avec VTR actualisées, calcul automatique du QD et de l'ERI par organe cible et par population, application du facteur ADAF, et génération d'un rapport PDF prêt à transmettre à l'administration.
FAQ — Calcul QD et ERI en EQRS
Quelle est la différence entre QD et ERI ?
La Quotité de danger (QD) évalue le risque des substances à seuil (effets non cancérigènes) en comparant la dose d'exposition à une dose de référence (VTR à seuil). L'Excès de Risque Individuel (ERI) évalue le risque des substances sans seuil (cancérigènes) en multipliant la dose d'exposition par un excès de risque unitaire (ERU).
Quel est le seuil d'acceptabilité du QD ?
Le seuil d'acceptabilité usuel de la Quotité de danger est QD < 1 par organe cible. Au-delà de 1, la dose d'exposition dépasse la dose de référence toxicologique et le risque est jugé non acceptable en l'état.
Quel est le seuil d'acceptabilité de l'ERI ?
L'Excès de Risque Individuel est usuellement jugé acceptable en deçà de 10⁻⁵, avec une zone de gestion au cas par cas entre 10⁻⁶ et 10⁻⁵ selon le contexte du site, le nombre de personnes exposées et la politique de gestion retenue par l'administration.
Qu'est-ce que le facteur ADAF et pourquoi l'enfant a-t-il un facteur 3 ?
L'ADAF (Age-Dependent Adjustment Factor) pondère la sensibilité accrue de l'organisme en développement aux substances cancérigènes à mode d'action génotoxique. Pour l'enfant de 0 à 2 ans, un facteur multiplicatif de 3 est appliqué à l'ERU, conformément aux recommandations US EPA et à la doctrine ANSES 2018.
Le logiciel EQRS de GMEP est-il conforme à la méthodologie INERIS et ANSES ?
Oui. EQRS V31.05 + ECOTOX applique la méthodologie INERIS ERS 2021, les VTR et le facteur ADAF conformes ANSES 2018, ainsi que les règles de sommation par organe cible et par effet cancérigène de l'US EPA RAGS Part A.
Références méthodologiques
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Rédigé par Eric Azulay — Ingénieur sites et sols pollués, gérant SARL G.M.E.P